Tech Imago / Comment est née cette rencontre avec la sénatrice ?
Axel Béasse / J’ai rencontré la sénatrice lors d’un événement Octobre Rose. Nous avons échangé sur les difficultés d’accessibilité à certains soins de support en radiothérapie. Très sensible à la cause du cancer et aux enjeux liés à cette modalité de traitement, elle m’a proposé de nous revoir pour approfondir ces questions. À la suite de cet échange, j’ai contacté Olivier Chapet, président de la Société française de radiothérapie oncologique (SFRO), ainsi que Séverine Moynat présidente du Conseil national professionnel des manipulateurs d’électroradiologie médicale (CNPMEM) et Aurélien De Oliveira qui préside la commission radiothérapie de l’AFPPE, afin que l’on puisse parler d’une seule voix et porter un message cohérent auprès de la sénatrice sur ces difficultés.
T. I. / Quelles difficultés d’accessibilité avez-vous soulevées ?
A. B. / Elles concernent principalement les soins de support en radiothérapie. D’abord, les consultations paramédicales. Elles ne sont pas systématiquement mises en place selon les centres, notamment en raison d’une pénurie de manipulateurs, mais aussi parce que ces actes ne sont pas cotés. Ils ne donnent lieu ni à remboursement ni à tarification spécifique. Il y a également la photobiomodulation, dont les bénéfices cliniques sont aujourd’hui bien documentés pour réduire les effets cutanés et muqueux liés aux traitements. Des protocoles de coopération existent et permettent aux manipulateurs de la pratiquer, mais en l’absence de tarification, tous les centres ne peuvent pas la proposer. Par conséquent, selon les centres, les patients en bénéficient ou non. Il s’agit donc d’une injustice d’accessibilité à certains soins.
T. I. / Quelles solutions ont été discutées ?
A. B. / Trois axes principaux ont été abordés. Il y a d’abord la capacité à renforcer les effectifs de manipulateurs. La marche est déjà enclenchée. Entre 2000 et 2024, les capacités de formation ont augmenté de 40 %, avec l’ouverture de plus d’une quinzaine d’écoles. On est passé d’environ 45 à une soixantaine d’établissements en France. Les étudiants actuellement en formation devraient progressivement atténuer la pénurie dans les deux à trois prochaines années. Dans un deuxième temps, nous avons entamé une discussion autour de la tarification de la radiothérapie. Au cours de cet échange nous avons mis en avant le besoin de cotation de ces actes qui nécessitent des soignants et du temps soignant, notamment la photobiomodulation, ou les consultations paramédicales dans le cadre du nouveau dispositif de fin de traitement, dont le référentiel a été publié par à l’automne par l’Institut national du cancer.
T. I. / Les discussions ont également abordé la question des pratiques avancées…
A. B. / Aujourd’hui, les infirmières peuvent accéder à la pratique avancée via un master en deux ans, ce qui leur donne une autonomie d’actes et d’exercices, notamment en matière de prescription et de suivi de patients chroniques. Ce modèle a fait ses preuves, y compris en oncologie. Nous estimons que les manipulateurs devraient aussi pouvoir accéder aux pratiques avancées. De nombreuses publications dans les revues scientifiques montrent que ça fonctionne, les patients sont pris en charge plus rapidement parce qu’il n’y a pas forcément besoin de voir un médecin s’il n’est pas disponible pour certains actes, comme les radiothérapies palliatives, par exemple. Cela permet aussi de répondre aux problèmes d’attractivité de la profession, et d’attirer de nouveaux manips en radiothérapie et d’offrir des opportunités de carrières pour garder tous ces manips qui sont bien formés.

"La sénatrice que nous avons rencontrée, le mardi 20 janvier, connaît bien ce dossier et s’est engagée à échanger avec ses collègues déjà sensibilisés et favorables pour voir dans quelle mesure, ensemble ils pourraient porter ce sujet."© Nathalie LEGRAND
T. I. / Les radiothérapeutes sont-ils favorables à cette évolution ?
A. B. / En radiothérapie, le consensus est total sur les pratiques avancées. Preuve en est, L’ancienne comme l’actuel président de La Société Française de Radiothérapie Oncologique sont pleinement alignés avec cette évolution. Cette unité entre société médecins et paramédicaux a marqué la sénatrice. Pour elle, c’est un point très intéressant de voir que l’ensemble des professionnels qui travaillent en radiothérapie sont en accord face à ce besoin.
T. I. / Qu’en est-il de la pénurie de manipulateurs en radiothérapie ?
A. B. / La France compte 169 centres de radiothérapie. La pénurie est particulièrement marquée dans les centres publics parisiens intra-muros et dans les centres de lutte contre le cancer d’Île-de-France, notamment à l’Institut Curie et à Gustave Roussy. Certains établissements sont contraints de fermer des machines faute de personnel, (jusqu’à 30 % des équipements fermés à l’AP-HP et dans les CLCC en Île-de-France). La situation est moins tendue en province et dans le secteur privé.
T. I. / Quelles sont les perspectives concrètes ?
A. B. / Un projet d’expérimentation de la pratique avancée en radiothérapie avait déjà été porté par un sénateur. La sénatrice que nous avons rencontrée, le mardi 20 janvier, connaît bien ce dossier et s’est engagée à échanger avec ses collègues déjà sensibilisés et favorables pour voir dans quelle mesure, ensemble ils pourraient porter ce sujet. L’objectif est d’aboutir à un projet de loi ou à une modification législative permettant d’intégrer officiellement les manipulateurs dans le cadre de la pratique avancée. Nous allons suivre attentivement les prochaines étapes.

Discussion
Aucun commentaire
Commenter cet article